Vie Sociale & Inclusion

Formation en parentalité : mieux soutenir les familles

9 min de lecture
Formation en parentalité : mieux soutenir les familles

Une formation en parentalité aide les professionnels qui accompagnent des familles à soutenir les parents sans parler à leur place. Éducateurs, assistantes sociales, auxiliaires de puériculture ou enseignants y apprennent à lire une dynamique familiale, à repérer l’épuisement d’un parent et à conduire un entretien à plusieurs voix, avec une posture plus sûre.

Ce que recouvre le soutien à la parentalité en établissement

Le CASF, code qui encadre l’action sociale et les familles, en donne une définition précise. Son article L. 214-1-2, issu d’une ordonnance du 19 mai 2021, qualifie de service de soutien à la parentalité toute activité qui accompagne les parents dans leur rôle de premier éducateur de leur enfant, par l’écoute, le conseil et l’information, ou qui favorise l’entraide entre parents. Le ministère des Solidarités en fait une politique publique à part entière, encadrée depuis début 2022 par une charte nationale de huit principes.

Hors des établissements, ce soutien passe par des réseaux d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents, des lieux d’accueil enfants-parents, la médiation familiale ou les espaces de rencontre. Il se joue aussi dans votre quotidien, sans toujours porter ce nom :

  • en ITEP ou en SESSAD, l’éducateur associe les parents au projet personnalisé ;
  • en maison d’enfants à caractère social, l’équipe maintient le lien pendant un placement ;
  • en crèche, l’auxiliaire de puériculture soigne les quelques mots de l’accueil du matin ;
  • au service social, l’assistante sociale épaule un parent isolé ;
  • à l’école, l’enseignant reçoit des parents inquiets, en colère ou difficiles à joindre.

Dans un ITEP, cette alliance fait partie du soin : la page sur le fonctionnement d’un ITEP détaille le projet personnalisé et le rôle de chaque membre de l’équipe. Le point commun de ces situations ? Le professionnel ne remplace jamais le parent, il l’aide à exercer sa fonction et soutient l’accompagnement des familles dans la durée.

Se former pour tenir sa place face aux parents

Recevoir un père furieux après une exclusion de cours, annoncer à une mère que son fils a frappé un camarade, rester neutre quand deux parents séparés se renvoient la faute : ces moments ne s’improvisent pas. Trop proche, vous prenez parti ou vous vous laissez envahir ; trop distant, vous jugez, conseillez de haut et perdez la confiance de la famille.

Cette posture relève d’un savoir-faire qui s’apprend. Les modules de formation parentalité que CERF Formation destine aux travailleurs sociaux, aux soignants et aux équipes éducatives partent de ces scènes ordinaires. Ils donnent des repères pour comprendre ce qui se rejoue dans une famille, travaillent l’écoute, la juste distance et l’alliance avec les parents, puis entraînent à des outils transférables dès le retour en poste : entretien familial, approche systémique, génogramme. Chaque groupe analyse des situations tirées de la pratique de ses membres. Les sessions se suivent dans un centre de formation, en classe virtuelle ou directement dans l’établissement, pour toute une équipe à la fois.

Ce recul transforme le rendez-vous suivant. Poser un cadre dès les premières minutes, reformuler la colère d’un parent sans la contester, parler de l’enfant à partir de faits observés : vous gardez le fil de l’entretien et savez quand passer le relais au psychologue du service.

Salle de réunion d’équipe vide, tables en bois clair disposées en cercle

Alliance, juste distance, compétences parentales

Trois repères guident cette posture :

  • l’alliance : parents et professionnels visent le mieux-être de l’enfant, même s’ils divergent sur les moyens ;
  • la juste distance : assez proche pour entendre la détresse, assez loin pour ne pas décider à la place de la famille ;
  • la reconnaissance des compétences parentales : partir de ce que le parent réussit déjà plutôt que de ses manques.

Épuisement parental : les signes qui doivent alerter

Un parent épuisé ne traverse pas une simple fatigue. Il récupère mal, même après quelques nuits calmes, ne ressent plus rien pour son enfant ou ne supporte plus sa présence, et ne se reconnaît plus dans le parent qu’il voulait être. La honte l’isole. Cet ensemble de signes porte un nom, le burn-out parental, et il peut toucher des parents très investis.

L’alerte naît souvent d’un détail : une mère qui pleure en déposant son bébé à la crèche, un père qui ne vient plus aux rendez-vous, un enfant qui protège son parent au lieu de jouer. Le diagnostic, lui, revient à un médecin ou à un psychologue.

Votre rôle : nommer ce que vous observez sans culpabiliser, puis orienter vers le médecin traitant, la protection maternelle et infantile, un psychologue ou un groupe de parents. Quand l’épuisement parental met l’enfant en danger, l’article L. 226-3 du CASF confie au président du conseil départemental le recueil des informations préoccupantes. L’article L. 226-2-1 prévoit que les parents en sont informés au préalable, sauf si l’intérêt de l’enfant s’y oppose : préparez cette transmission en équipe.

Pour trouver des mots simples, appuyez-vous sur les signaux d’alerte du dossier sur les tabous de la santé mentale.

Deux paires de mains d’adultes posées face à face sur une table en bois, à côté d’un verre d’eau

Séparations, recompositions et conflits de loyauté

Une séparation ne retire pas son rôle à un parent. L’article 373-2 du Code civil pose qu’elle est sans incidence sur l’exercice de l’autorité parentale. Sauf décision contraire du juge, les deux parents reçoivent les mêmes informations et sont conviés aux mêmes bilans.

L’enfant vit un conflit de loyauté quand il se sent obligé de choisir : il revient fermé d’un week-end chez son père, refuse de parler de sa mère, dessine une maison coupée en deux. La recomposition ajoute un beau-parent, des demi-frères et sœurs.

Quelques réflexes le protègent :

  • ne jamais lui confier un message pour l’autre parent ;
  • évoquer chaque parent avec respect, même absent ;
  • écrire aux deux foyers de la même manière ;
  • proposer la médiation familiale quand le désaccord bloque tout.

Service Public y voit une alternative au juge : un médiateur indépendant, impartial et qualifié reçoit les parents dans un lieu neutre, avec une participation proportionnelle aux revenus si le médiateur est conventionné par la CAF. L’article 373-2-1 du Code civil autorise aussi le juge aux affaires familiales à organiser les visites dans un espace de rencontre.

Entretien familial, approche systémique, génogramme

Recevoir une famille entière ne revient pas à mener un entretien individuel avec plus de chaises. Avant un entretien familial, tranchez quelques questions : qui invite, qui vient, quelle durée, quelle place pour l’enfant concerné. Le professionnel annonce ensuite le cadre, distribue la parole et veille à ce que personne ne devienne le coupable désigné.

Pour tenir ce cap, l’approche systémique fournit une grille de lecture. Elle lit le symptôme d’un enfant, une violence, un refus scolaire, comme un message qui concerne tout le système familial plutôt que le défaut d’un individu. La question passe de « qui a tort ? » à « qu’est-ce qui se répète ? ». Les parents, moins accusés, s’engagent plus volontiers.

Le génogramme en est l’outil le plus visuel. Tracé avec la famille sur plusieurs générations, il fait apparaître unions, séparations, décès, ruptures de lien et répétitions. Il se construit avec l’accord des personnes et à leur rythme.

Le lieu compte aussi : une pièce claire, des sièges de même hauteur pour tous les adultes, un coin où les plus jeunes jouent pendant que les grands parlent. Au domicile, cadre habituel des interventions d’un SESSAD, vous entrez sur le territoire de la famille et ajustez votre posture.

Espace d’accueil parents-enfants vide, petites chaises en bois et paniers en osier remplis de jouets

Financer et organiser une formation en parentalité dans l’équipe

La session s’inscrit d’abord au plan de développement des compétences, arrêté par l’employeur. L’article L. 6321-1 du Code du travail charge celui-ci d’adapter les salariés à leur poste, et l’article L. 6321-6 fait en principe de ces actions du temps de travail effectif, rémunération maintenue.

Dans une petite structure, l’opérateur de compétences de la branche aide à analyser les besoins de formation, mission que lui confie l’article L. 6332-1. Le salarié garde aussi la main sur son compte personnel de formation : d’après Service Public, une formation continue suivie sur les heures de travail exige alors l’accord de l’employeur, demandé au moins 60 jours avant le début, ou 120 jours pour plus de six mois de formation ; sans réponse sous 30 jours, l’accord est acquis.

Côté organisation, une session en intra donne à toute l’équipe les mêmes repères et un vocabulaire commun pour parler des familles ; un départ individuel en inter ouvre la pratique au regard d’autres structures. Au retour, prévoyez une restitution collective et une situation réelle à retravailler. Validation des acquis, transition professionnelle : les autres dispositifs figurent dans le panorama de la formation continue.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le soutien à la parentalité ?

Il regroupe les actions qui aident les parents à exercer leur rôle de premier éducateur : écoute, conseil, information, échanges entre parents. Le CASF le définit à son article L. 214-1-2, et une charte nationale en fixe les principes. Il prend la forme de groupes de parole, de lieux d’accueil enfants-parents ou de médiation familiale, mais aussi du travail quotidien des crèches, des écoles et des établissements médico-sociaux avec les familles.

Comment valoriser les compétences des parents accompagnés ?

Partez de ce qui fonctionne déjà. Un parent qui amène son enfant à l’heure, connaît ses goûts ou a su apaiser une crise détient un savoir que l’équipe ne remplace pas. Nommez ces réussites devant lui, demandez son avis avant de proposer une solution, associez-le au projet personnalisé. Un parent reconnu dans ses compétences se montre souvent plus disponible pour travailler sur le reste.

Quels professionnels se forment à l’accompagnement des familles ?

Tous ceux qui rencontrent des parents dans leur travail : éducateurs spécialisés, moniteurs-éducateurs, assistants de service social, éducateurs de jeunes enfants, auxiliaires de puériculture, infirmiers, psychologues, enseignants et cadres de service. Leurs besoins diffèrent : une crèche cherche des repères sur le lien précoce, un service de protection de l’enfance sur le placement et les visites, un ITEP sur l’alliance avec des parents usés par des années de difficultés scolaires.

Comment financer une formation continue sur la parentalité ?

Trois voies coexistent. Le plan de développement des compétences, arrêté par l’employeur, inscrit la session sur le temps de travail. L’opérateur de compétences de la branche aide les petites structures à définir leurs besoins. Le salarié peut aussi mobiliser son compte personnel de formation, avec l’accord de l’employeur si la session a lieu sur ses heures de travail. Avant toute inscription, faites le point avec la direction.

formation soutien à la parentalité professionnels posture professionnelle face aux parents repérer le burn-out parental entretien familial et approche systémique financer une formation continue en établissement

Articles similaires