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Différence entre ITEP et IME : le guide pour s'y retrouver

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Différence entre ITEP et IME : le guide pour s'y retrouver

Un ITEP accompagne des jeunes dont les troubles du comportement perturbent gravement la socialisation, avec des capacités intellectuelles préservées. Un IME accueille des enfants présentant une déficience intellectuelle. La différence entre ITEP et IME tient donc à la nature du handicap reconnu, pas à sa gravité. C’est la MDPH qui tranche, jamais l’établissement.

La ligne de partage tient en un critère : le fonctionnement intellectuel

Le code de l’action sociale et des familles règle la question en quelques lignes, et ces lignes valent mieux que toutes les descriptions approximatives qui circulent.

Son article D312-59-1 définit les instituts thérapeutiques, éducatifs et pédagogiques comme accueillant les enfants, adolescents ou jeunes adultes qui présentent des difficultés psychologiques dont l’expression, notamment l’intensité des troubles du comportement, perturbe gravement la socialisation et l’accès aux apprentissages. Le texte ajoute une précision décisive : ces jeunes se trouvent engagés dans un processus handicapant malgré des potentialités intellectuelles et cognitives préservées.

L’article D312-11 du même code encadre de son côté les établissements accueillant des enfants ou adolescents présentant un déficit intellectuel. Il prévoit la prise en compte des aspects psychologiques et psychopathologiques, ainsi que des techniques de rééducation comme l’orthophonie, la kinésithérapie et la psychomotricité. Le texte autorise aussi l’accueil d’enfants dont la déficience intellectuelle s’accompagne de troubles de la personnalité, de troubles moteurs, sensoriels ou de la communication.

Résumé en une phrase : l’IME s’organise autour d’une déficience intellectuelle, l’ITEP autour d’une souffrance psychique qui déborde en comportements, chez un jeune qui, lui, pense normalement.

Une séparation réglementaire assumée depuis 2005

Cette frontière n’a rien d’accidentel. Les instituts de rééducation ont été rebaptisés ITEP en 2005 et sortis du cadre de l’annexe XXIV, qui régissait jusque-là les établissements pour enfants déficients intellectuels. Depuis, les ITEP relèvent d’une réglementation propre.

La circulaire n° 2007-194 est allée plus loin en écartant explicitement certains profils. Elle indique que les ITEP ne conviennent généralement pas à l’accueil d’enfants ou d’adolescents autistes, ni à ceux présentant des troubles à dominante psychotique ou une déficience intellectuelle importante, qui appellent d’autres modes d’éducation et de soin. Le même texte demandait aux établissements accueillant jusqu’alors un public composite de se recentrer progressivement.

Cette clarification a un effet très concret sur les dossiers d’aujourd’hui : un enfant avec déficience intellectuelle et troubles du comportement associés relève d’un IME, pas d’un ITEP, même si son agitation est ce qui saute aux yeux à l’école.

Deux dossiers administratifs ouverts sur un bureau de travail social

Ce qui change réellement au quotidien

Les textes posent le cadre, mais les familles vivent autre chose : un emploi du temps, des professionnels, un rythme. Voilà où les deux structures divergent.

CritèreITEPIME
Nature du handicapDifficultés psychologiques, troubles du comportementDéficience intellectuelle, avec ou sans troubles associés
Capacités intellectuellesPréservéesAltérées, à des degrés variables
Cœur du travailÉlaboration psychique, relation, restauration du lienAutonomie, apprentissages adaptés, préprofessionnalisation
Horizon du parcoursRetour visé vers le milieu ordinaireInsertion adaptée, souvent en milieu protégé
Organisation interneFonctionnement en dispositif intégré avec un SESSADSections IMP puis IMPro selon l’âge

La visée du travail explique presque tout le reste. La circulaire de 2007 décrit la mission centrale de l’ITEP comme amenant le jeune à un travail d’élaboration psychique. Autrement dit, mettre des mots là où il y avait des passages à l’acte. L’IME, lui, construit des compétences utilisables : lire un horaire, tenir un poste en atelier, gérer un budget simple.

La scolarité ne poursuit pas le même but

En ITEP, le jeune suit un programme proche de celui de sa classe d’âge, en groupe réduit, parce que ses capacités le permettent. L’obstacle n’est pas la compréhension, c’est la tenue dans le cadre scolaire. Les équipes travaillent donc la remobilisation scolaire et le retour progressif vers l’établissement d’origine.

En IME, l’unité d’enseignement ajuste les objectifs aux capacités réelles plutôt qu’à un programme national. Les acquis visés servent la vie quotidienne et le futur poste de travail. Le développement des unités d’enseignement externalisées, installées dans une école ou un collège ordinaire, nuance ce cloisonnement sans changer la logique de fond.

Les modalités d’accueil évoluent différemment

Le secteur bouge, et pas au même rythme. Selon la DREES, dans son enquête ES-Handicap portant sur l’année 2022, les ITEP proposent 57 % de leurs places en semi-internat, accueil de jour et accompagnement en milieu ordinaire, contre 43 % en 2018. Le mouvement va clairement vers moins d’internat et plus de maintien dans le milieu de vie, même si l’internat en ITEP garde toute sa pertinence dans les situations les plus tendues.

Les IME, eux, restent structurés par leurs deux sections historiques : l’IMP jusqu’à 14 ans environ, puis l’IMPro qui prépare l’insertion professionnelle jusqu’à 20 ans. Cette progression par âge n’a pas d’équivalent en ITEP.

Salle de classe adaptée en petit effectif, chaises vides et tableau

Le poids réel de chaque secteur en France

Les ordres de grandeur aident à situer le sujet. Selon la DREES, au 31 décembre 2022, la France comptait 1 380 IME pour 75 700 places, soit une moyenne de 55 places par établissement. Le nombre d’IME avait progressé de 6,2 % et celui des places de 7 % par rapport à 2018.

Toujours d’après la DREES, les structures médico-sociales pour enfants et adolescents handicapés offraient fin 2022 un total de 173 790 places réparties dans 4 030 structures, et accompagnaient 174 160 jeunes. Sur la période 2018-2022, ce sont les ITEP qui contribuent le plus à la croissance de l’offre, avec 24 % de places supplémentaires, devant les IME et leurs 7 %.

Un chiffre mérite d’être regardé en face. Toujours selon cette enquête, la surreprésentation masculine culmine en ITEP : neuf jeunes accompagnés sur dix y sont des garçons. Aucune autre catégorie d’établissement ne présente un tel écart. Le repérage scolaire des troubles du comportement capte massivement les manifestations bruyantes, plus fréquentes chez les garçons, et laisse dans l’ombre les formes intériorisées de la même souffrance.

L’orientation ne se choisit pas, elle se décide

Beaucoup de familles arrivent avec une préférence déjà formée, souvent nourrie par le bouche-à-oreille ou par la réputation d’un établissement voisin. Le circuit administratif ne fonctionne pas ainsi.

  1. La famille dépose un dossier à la MDPH du département, avec certificat médical, projet de vie et bilans disponibles.
  2. L’équipe pluridisciplinaire de la MDPH évalue les besoins, les capacités et les retentissements sur la scolarité.
  3. La CDAPH prononce une décision d’orientation, vers un ITEP ou vers un IME.
  4. La famille contacte ensuite les établissements correspondant à la notification pour obtenir une place.

Le point de bascule se joue à l’étape 2. L’évaluation de la MDPH s’appuie sur des éléments cliniques, dont le bilan psychologique et le test de fonctionnement intellectuel. C’est ce faisceau qui range le dossier d’un côté ou de l’autre de la ligne. Un bilan récent et complet pèse donc plus lourd qu’un long courrier de motivation. Le référent de parcours de la MDPH reste l’interlocuteur à solliciter en cas de doute sur le motif retenu.

Deuxième réalité à intégrer : la notification ouvre un droit, pas une porte. L’agrément délivré par l’Agence régionale de santé fixe pour chaque établissement les âges et les déficiences pris en charge. Un ITEP peut refuser un dossier qui sort de son agrément, ou faute de place.

Le dispositif intégré, une souplesse propre à l’ITEP

Voici la différence la moins connue, et probablement la plus utile à comprendre pour un parent.

Le décret n° 2017-620 du 24 avril 2017, pris en application de l’article 91 de la loi du 26 janvier 2016 de modernisation du système de santé, autorise les ITEP et les SESSAD à fonctionner en dispositif intégré, le DITEP. Concrètement, un jeune passe de l’internat à l’accueil de jour, ou vers un accompagnement à domicile, sans repasser systématiquement devant la CDAPH.

Le mécanisme reste encadré. Une convention lie la MDPH, l’ARS, les organismes de protection sociale, les services académiques et les gestionnaires. L’accord de la famille, ou du jeune majeur, est requis pour chaque changement. Une fiche de liaison informe la MDPH des modifications substantielles du projet, et le texte prévoit un délai de rétractation de quinze jours francs après signature.

L’adoption a été massive. La DREES relève que 93 % des ITEP déclaraient fonctionner en dispositif intégré en 2022. Le SESSAD rattaché à un ITEP devient alors une modalité parmi d’autres du même parcours, et non une structure séparée.

Rien d’équivalent n’existe côté IME. Un changement de modalité y suppose généralement une nouvelle décision, ce qui rallonge les délais.

Couloir lumineux d’un établissement médico-social avec porte entrouverte

Quand la frontière se brouille

La théorie sépare proprement deux publics. La pratique produit des situations intermédiaires, et les équipes le savent.

  • Les troubles associés. Un enfant avec déficience intellectuelle légère peut manifester une agressivité spectaculaire. L’orientation reste l’IME, parce que le critère de tri est le fonctionnement intellectuel, pas le bruit.
  • Le diagnostic tardif. Certains troubles du neurodéveloppement se précisent après plusieurs années d’accompagnement. Une réorientation devient alors légitime.
  • La disponibilité. Faute de place dans la structure notifiée, des familles acceptent une solution approchante. Ce compromis se comprend, mais il ne doit pas devenir définitif par inertie.
  • Le déficit attentionnel. Un enfant porteur d’un TDAH ne relève pas mécaniquement d’un établissement médico-social. Beaucoup de situations se traitent par des aménagements en milieu ordinaire.

Le réflexe utile reste le même dans tous les cas : demander à voir écrit noir sur blanc le motif de l’orientation dans la notification, puis vérifier qu’il correspond à ce que décrivent les bilans.

Comment trancher quand vous hésitez encore

Trois questions suffisent le plus souvent à clarifier la situation. Le fonctionnement intellectuel de l’enfant a-t-il été évalué récemment, et par qui ? Les difficultés portent-elles sur la compréhension des apprentissages ou sur la capacité à rester dans le cadre ? Le projet à cinq ans vise-t-il un retour en milieu ordinaire ou une insertion adaptée ?

Les réponses désignent presque toujours la bonne structure. Pour approfondir chaque cadre, l’article détaillant ce qu’est un ITEP et celui consacré à l’institut médico-éducatif reprennent chacun le fonctionnement dans le détail.

Prochaine étape concrète : rassembler les bilans psychologiques et scolaires des deux dernières années avant de déposer le dossier MDPH. C’est ce paquet de documents, et lui seul, qui orientera la décision de la CDAPH.

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